“ Des outils dont le design permet de rendre intelligible quelque chose qui est vivant : la vie du réseau.” entretien avec Hugues Aubin, chargé de mission TIC, Ville de Rennes
Grégoire Cliquet : À L’École de design Nantes Atlantique, on s’évertue à expliquer aux étudiants que Facebook est une plateforme de services gratuite, certes, mais sous-tendue par des stratégies, des logiques…
Hugues Aubin : Oui, c’est un vrai impératif. En Charente maritime , une enseignante a lancé une opération-pilote consistant à utiliser Twitter avec ses élèves. L’initiative avait inquiété le principal mais finalement, comme l’opération était organisée selon un process pédagogique soigneusement élaboré, ce dernier a été rassuré et a autorisé l’utilisation du micro blogging en classe. Devant le succès de l’opération, il lui a proposé de monter un cursus-pilote avec ses collégiens. Cette formation axée sur la découverte de la mémoire des réseaux, la maîtrise de l’extimité et la gestion de la e-réputation a été lancée à la rentrée 2010. À ma connaissance, c’est le seul cursus du genre en collège. Pourtant, ces notions représentent un enjeu décisif. Les patrons de Google et Facebook ont récemment fait des déclarations extraordinaires ! Les discours selon lesquels les jeunes d’aujourd’hui devront changer de nom à 18 ans sont très révélateurs. Aujourd’hui, on voit clairement qu’il y a un « deal » fonctionnalité / gratuité. En échange de cette dernière, les utilisateurs acceptent tout. Un exemple très simple : les applications qui permettent d’offrir des cœurs ou des bouquets de fleurs virtuels sur Facebook. Pour utiliser ces applications, je dois leur donner accès à mes données Facebook, l’application saura alors tout de moi. Il n’existe pas de curseur dans la gestion de mon identité numérique qui me permette de quantifier quels contenus je mets à disposition, quelles configurations j’utilise : montré totalement, caché, semi caché, etc. Facebook le permet un peu, mais pas avec ce type d’applications. Sachant que Facebook compte plusieurs centaines de millions de membres, je vous laisse imaginer ce que ça représente en termes de collecte de données par semaine… Ce genre d’outils offre donc un tracking extrêmement fort et puissant. Un autre problème qui se pose également, de mon point de vue, est celui de la mémoire des réseaux. Si je parviens à retrouver une photo que je n’ai pas envie de voir en ligne, je ne pourrai jamais trouver toutes les copies de cette photo qui circulent. Ceci dit, même si le web se renouvelle, on peut remonter assez loin ; Twitter, par exemple, possède une mémoire d’à peu près neuf semaines mais il est scanné par une grand nombre de moteurs de recherche ; ce qui permet de remonter beaucoup plus loin dans le temps. Je ne pense pas que les personnes qui alimentent des flux de type lifestream aient les moyens d’effacer leurs traces. Moi-même, je ne peux pas m’amuser à effacer mes 14 000 premiers tweets ! Il y a une véritable urgence pédagogique sur ce point d’autant plus que les parents des jeunes internautes n’ont le choix qu’entre des logiciels de filtrage payants (pour ceux qui ont les moyens) ou de très mauvaise qualité (proposés par les fournisseurs d’accès à Internet). […] Un certain nombre d’acteurs sont conscients de cet enjeu, mais au niveau des outils et de la pratique, nous ne sommes pas du tout au point.
Identiscoop, un outil pour gérer son extimité ?
Identiscoop par Edouard Durand
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