De l’importance du jeu vidéo en sciences humaines et sociales – Entretien avec Sébastien Genvo, expert en « game design »

Mon doctorat portait sur une approche interculturelle du game design avec une réflexion sur la   façon de réussir à impliquer des joueurs de différentes cultures dans un même jeu en posant la question de la diffusion des messages, de l’idéologie. Quels sont les mécanismes du game design ? qu’est ce qui fait la spécificité du jeu vidéo en tant que moyen d’expression ? Quelles sont les spécificités narratives du jeu vidéo ? A l’issue de ma thèse, j’ai tout d’abord été recruté à Limoges où j’ai exercé au département « Service et réseaux de communication », un département où l’on enseigne aux étudiants la création multimédia pour le webdesign, le print, le design, l’ergonomie des interfaces numériques et entre autres les jeux vidéos. Mes contenus de cours s’étendent de l’histoire de l’art, histoire de la BD, aux enjeux des médias numériques dont les jeux vidéo. Je continue à faire de la recherche , dans ce domaine, essentiellement sur les aspects culturels et sociologiques et, depuis la rentrée, j’ai rejoint l’Université de Metz où j’ai obtenu une mutation.J’ai aussi une activité de publication : 4 livres sur les jeux vidéo et les actes du colloque international à Limoges.

« Un média fondamentalement globalisé »

Thierry Lehmann : Dans Médiamorphose vous écrivez « le jeu constitue un domaine privilégié pour questionner le rôle culturel des médias à l’heure de la numérisation et de la convergence. » Est-ce que vous pouvez expliquer ?

Sébastien Genvo : Depuis ses prémices, le jeu vidéo est un média fondamentalement globalisé. L’histoire du jeu vidéo prouve que ceux qui ont réussi à prendre les rênes du marché sont ceux qui l’ont compris. Prenons par exemple la façon dont Nintendo a réussi à conquérir son marché cible avec son jeu Mario Bros. Celui-ci a une identité culturelle plurielle. Développé par des Japonais, il est emprunt de shintoïsme mais contient de nombreuses références occidentales : Mario est un plombier New-yorkais d’origine italienne qui grimpe sur des haricots magiques, comme Jack dans le conte britannique et mange des champignons qui font grandir ou rapetisser, comme dans Alice au Pays des merveilles. Ce n’est qu’un exemple et on retrouve ces logiques de globalisation à tous niveaux.

IRS de David Arenou séduit le public nippon lors du concours IVRC, Tokyo, août 2010

L’autre raison de la convergence est que les jeux vidéo agrègent différents types de médias qu’ils réintègrent sous une logique de l’interaction et de l’action. On compare souvent le jeu vidéo au cinéma. Les tout premiers photographes, les pictorialistes, se sont inspirés de la peinture pour donner un statut d’œuvre d’art à la photo. Puis, quand le cinéma est apparu, il s’est inspiré du théâtre. À son tour, le jeu vidéo s’est inspiré du cinéma pour faire passer un message, des émotions, une histoire etc. Le jeu vidéo propose une architecture et un espace à explorer. Il condense aussi des logiques d’interaction sociale comme c’est le cas pour les jeux en ligne massivement multijoueurs (MMORPG) du type World of Warcraft, qui réunissent plusieurs milliers de joueurs dans une même partie.

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